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Markus Del Monego
  Par Markus Del Monego

Ce fut une vraie surprise de découvrir ce vin dans mon verre, avec sa couleur pourpre et ses reflets violets. Le nez était encore un peu refermé. Lentement il commençait à s'ouvrir et à développer des arômes rappelant le cassis frais et les mûres noires, bien mûres.

En même temps, les senteurs d'épices douces vanillées et les arômes grillés étaient d'une intensité surprenante. La bouche séduisait par ses tannins parfaits et ses arômes intenses qui restaient quelque peu en retrait.
C'était clair: nous avions à faire à un vin du Haut-Médoc! Mais de quel Château ? Ce vin, qu'un ami commerçant m'avait donné à goûter devait être "nouveau".

C'était un Château Bernadotte 1997. Le souvenir de cet événement ne m'est plus sorti de la tête. Un vin élégant et parfait d'une année décrétée difficile. Pourquoi n'y a t-il pas de tels vins chaque année difficile ? Quel en était donc le secret ?

Nous partîmes quelques amis et moi-même dans le Bordelais pour goûter le millésime 2001 des vins de la région. Notre visite commença au Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande où nous attendaient May-Eliane de Lencquesaing et Gildas d'Ollone avec une dégustation du 2001. Ce fut une expérience impressionnante pour un millésime qui se présenta bien différemment de ce que j'avais lu précédemment. Nous priment ensuite la direction du Château Bernadotte. Ce Château allait être notre domicile pendant notre séjour.

Notre vin d'accueil fut le millésime 1998, un vin à la robe à l'intensité parfaite, rappelant un rouge sombre, presque noir aux reflets encore jeunes légèrement violets. Le nez était marqué par son intensité et sa profondeur. Les arômes de fruits, en premier plan, faisaient penser aux prunes mûres, aux cassis et aux cerises au sirop, le tout rehaussé d'une note de réglisse et de violette. On retrouvait en bouche les arômes du nez. Le goût était marqué par des tanins mûrs et élégants et le vin séduisait par son gras et sa profondeur. Les arômes restaient merveilleusement longtemps en fin de bouche.

Les quelques rayons de soleil qui passaient le lendemain matin par les volets fermés, donnaient à la chambre une lumière presque irréelle. Ah oui, c'était vrai: il y avait un secret à découvrir! Une promenade à travers le domaine nous aiderait certainement à percer l'énigme. Etaient-ce les 30 ha de vignes, plantés en Cabernet-Sauvignon, Merlot, et Cabernet-Franc et de Petit-Verdot ? Ou bien le sol argileux avec sa couche épaisse de graviers ? La cave également pouvait nous donner des indices. Était-ce la fermentation de 3 semaines en cuves inox ou le vieillissement du vin en barriques neuves ?

 

Une chose était évidente, plusieurs facteurs se rejoignaient. Ne prendre en compte que le sol, le climat, la vigne et les techniques de vinification n'était pas suffisant. Un élément était très important et toujours présent : l'homme. La qualité dépendait grandement des décisions qu'il prenait et surtout de son amour pour le vin. La dégustation de quelques millésimes fut révélatrice.

Le 1999 était excellent. La qualité du millésime, avec ses raisins parfaitement mûrs, se montrait là, elle aussi. Alors que l'on retrouve presque l'encépagement du Château dans le 1998, ce sont seulement le Cabernet-Sauvignon et le Merlot qui font le 1999. Un vin à la robe rubis profonde et aux reflets pourpres. Le nez est marqué par les fruits mûrs. Les arômes de fruits noirs comme le cassis, la mûre et le sureau s'accompagnent de notes finement épicées. Le bois, parfaitement intégré, déploie des notes agréablement grillées. Un vin tout en longueur, élégance et finesse, qui plaît par son fruité.

Quant au millésime 2000, il se présentait avec un caractère un peu plus prononcé du Cabernet Sauvignon. Le meilleur vin du domaine jusqu'à présent. Sa robe, aux reflets pourpres est belle et profonde, le nez s'ouvre sur un fruité aux arômes de framboises et de fruits noirs, rehaussé de notes élégantes de cacao et de café, finement épicées, l'ensemble est complexe et avenant. La bouche puissante et veloutée, montre une longueur excellente et rappelle les arômes du nez, soutenue par des tanins particulièrement mûrs, puissants et élégants : Un grand vin !

Le 2001 tenait bien sa place même après le 2000. Elégance structurée, à la concentration et longueur excellentes. Les notes de barriques marquent encore en premier plan ce vin à la robe pourpre. C'est normal pour un vin venant directement du fût. Les composantes fruitées, finement épicées, aux notes de tabac, nous montrent le potentiel de ce vin. Les tanins encore très présents en bouche ne pourront que l'aider.


C'était clair : le secret, c'était l'homme. A chaque millésime, sa compréhension du terroir s'améliore et avec elle la qualité de ses vins. Un chemin presque sans limites vers le sommet. Cette dégustation fut un voyage plaisant dans le temps avec un regard prometteur vers l'avenir.



Email : pichon@pichon-lalande.com
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© Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande